jeudi 20 juillet 2017

Guerre des mots - Riz de Chou-fleur et autres dénominations - Arrêt de la Cour Européenne de Justice

Depuis quelques années, de nouveaux produits alimentaires utilisent des dénominations traditionnellement réservées à d'autres produits. L'affaire a fait grand bruit aux États-Unis : l'entreprise Hampton Creek a lancé, avec succès, une mayonnaise sans oeuf. Ce produit possède la saveur de la mayonnaise, il est utilisé comme une mayonnaise, mais il ne possède pas les défauts que tout un chacun a tendance à associer à une vraie mayonnaise, à savoir : trop de cholestérol ! Pour l'amateur de mayonnaise authentique, il découvrira avec surprise que Just-Mayo - tel est le nom du produit d'Hampton Creek - contient des protéines de pois et, parait-il, un cocktail de plusieurs extraits végétaux. On estime que le coût de production est d'environ 20 % moins élevé que celui d'une mayonnaise authentique. Ce produit est distribué dans plus de 20000 magasins, dont ceux de la chaine Whole Food et sur Amazon.com. 

Mais un produit peut-il emprunter le nom de mayonnaise s'il ne contient pas d'oeuf ? Pour le groupe Unilever, l'un des premiers producteurs de mayonnaise (Hellmann's), comme pour l'association américaine des producteurs d'oeufs, la réponse est négative ! (Le groupe a d'ailleurs déposé une plainte en 2014). La Food and Drug Administration a quelques mois plus tard autorisé Hampton Creek à conserver son nom de marque. Il est probable que l'opinion publique a placé la FDA devant un dilemme dans l'application de la règle Wording-Meaning. Les allégations sont soumises à cette règle. Alors que les mots peuvent exprimer avec précision les bénéfices d'un produit (Wording), l'élément le plus important est ce que le consommateur comprend (Meaning). Si la dénomination officielle de la mayonnaise impose la présence d'oeuf, les attentes des consommateurs ont primé. Il semble que maintenant la mayonnaise (avec de l'oeuf) soit dénommée "Real Mayonnaise", laissant la porte ouverte à toute une série de produits qui ressemble, ont la saveur et la texture, de la vraie mayonnaise sans cependant en être.

Aux États-Unis, plus récemment, les producteurs de riz se sont plaints de la concurrence déloyale que les entreprises proposant du riz de chou-fleur leur faisaient. En fait, il ne s'agit pas de riz, mais de bien de chou-fleur présenté sous la forme de grain de riz. Comme les pétales de maïs (corn flakes) autre fois, les Américains ont mis sous la forme de grain de riz des têtes de chou-fleur. Cela est le moyen d'améliorer la praticité culinaire du produit et de le rendre plus appétissant. Le succès de ce produit est tellement important que certaines enseignes ont été obligées de mettre un quota sur le nombre de sacs que leurs clients peuvent acheter par jour (pas plus de deux par jour chez Trader Joes). Le riz de chou-fleur a fait des émules, puisque l'on trouve aussi du riz de brocoli. Mais, la raison pour laquelle les producteurs de riz sont furieux est le positionnement de ces nouveaux riz : ils sont lowcarb ! (pauvre en glucides) Ce qui n'est bien sûr pas le caz du riz. Ainsi les Américains désireux de faire un régime sans trop de glucides - ils sont nombreux - ont la possibilité d'acheter deux types de riz : un riz riche en glucides (28 grammes pour 100 grammes) - le vrai riz - et un riz (de légume) pauvre en glucides (5 grammes pour 100 grammes). Aujourd'hui on voit apparaitre sur les blogs... des critiques du vrai riz : trop riche en glucides et des propositions telles que : vous aimez le riz, tester le riz de chou-fleur.

En Europe, les laits de soja, d'amande, de noix de cajou, de coco, de macadamia - tous les laits végétaux - et les yoghourts aux sojas... ne pourront plus prétendre à la dénomination de lait ou de yoghourt. Celle-ci est, le rappelle la cour de justice de l'Union Européenne, réservée aux produits d'origine animale dans son communiqué de presse du 14 juin 2017.

Les produits purement végétaux ne peuvent pas, en principe, être commercialisés avec des dénominations qui, telles les dénominations « lait », « crème », « beurre », « fromage » ou « yoghourt », sont réservées par le droit de l’Union aux produits d’origine animale.


Cela vaut également si ces dénominations sont complétées par des mentions explicatives ou descriptives indiquant l’origine végétale du produit en cause. Il existe toutefois une liste d’exceptions.

Aux Etats-Unis les boissons à base d'amandes peuvent être dénommées lait et personne n'envisagerait d'appeler le beurre de cacahouète autrement. Avec l'apparition anticipée de produits innovants issus du monde végétal, il est fort à parier les guerres de dénomination seront encore plus fréquentes. Si le législateur Européen reste aujourd'hui encore attaché aux textes de loi et règlements divers, on peut cependant imaginer que sous la pression des consommateurs il adoucisse sa position et soit plus enclin à s'attacher à l'esprit de la loi.

 * *

L'histoire nous apprend aussi que le lait d'amande était au moyen âge plus apprécié que le lait d'origine animale... il se conservait mieux et il était très utilisé en cuisine... 

mardi 18 juillet 2017

Lutte biologique : 20 millions de moustiques stériles relâchés en Californie par Google

Les moustiques, et plus particulièrement l'aedes aegypti, sont les vecteurs de nombreuses maladies, dangereuses et transmissibles à l'homme, et pour lesquelles aucun traitement efficace n'existe. Citons la Dengue, le chikungunya, la fièvre jaune ou encore le virus Zika. La transmission par les moustiques de maladie à l'homme n'est pas récente, mais le phénomène semble s'amplifier. Et certains scientifiques anticipent son accroissement.

Protéger l'homme consiste donc à éliminer les moustiques. Habituellement, réduire la population des moustiques nécessite l'épandage d'insecticides chimiques. Mais, ces épandages ont quelques effets secondaires négatifs et ne sont pas toujours efficaces sans mesure complémentaire comme la suppression des espaces humides dans lesquels les moustiques peuvent se reproduire. Plus récemment, j'ai évoqué un procédé photonique pour lutter contre la psylle asiatique, un ravageur des vergers d'agrumes. Mais, le procédé mis en oeuvre par Google Life Sciences (Verily) repose sur des lâchés massifs de moustiques mâles "stériles". Les moustiques mâles ne piquent pas, ce qui est une bonne chose pour les populations humaines des zones où ils sont relâchés. Par ailleurs, ils sont "stérilisés" par l'intermédiaire d'une bactérie (Wolbachia) qui n'est pas transmissible à l'homme par la piqûre de moustique ni pathogène pour l'homme. Cette bactérie empêche les oeufs d'éclore. Les mâles contaminés par la bactérie et relâchés en grand nombre entrent en compétition avec les autres mâles pour féconder les femelles. Ainsi, progressivement, la population d'insecte est réduite.

Ce processus est en fait un concentré de technologies. D'une part, il faut élever les moustiques et cultiver la bactérie. Il faut ensuite contaminer les insectes et également séparer les mâles des femelles. D'autre part, il faut être en mesure de cibler les zones avec une grande densité de moustiques naturels, mesurer l'évolution de la population dans ces zones afin d'optimiser les largages de moustiques d'élevage.


Découvrir le projet Debug de Verily





samedi 8 juillet 2017

Approvisionnements : anticiper les transformations stratégiques !

Le monde change, les technologies le transforment. Des positions, autrefois bien établies, sont susceptibles demain de vaciller. Les startups participent de ce phénomène. Le secteur agricole n'est pas épargné. C'est plus particulièrement le cas des relations privilégiées que les agriculteurs entretenaient avec la division approvisionnement de leur coopérative. Celle-ci représente d'ailleurs souvent un élément essentiel de l'équilibre économique d'une coopérative. Ses conseillers recommandaient aux adhérents des solutions à leurs problématiques et ceux-ci s'y approvisionnaient en semences, engrais, produits phytosanitaires, etc. Donnant-donnant ! 

Cette relation est aujourd'hui challengée. Lors d’une discussion récente sur les transformations en mouvement dans le secteur agricole, une de mes connaissances évoquait la montée en puissance dans les services d’acteurs déjà présents de longue date dans l’écosystème de l’exploitation. Il a mentionné le semencier DEKALB. Cette entreprise se propose d'apporter à ses clients agriculteurs des conseils personnalisés dans le choix de leurs semences, par exemple de maïs, une spécialité de la maison avec le colza! Il est vrai que leur offre est large -- j'ai dénombré 45 possibilités d'achat de maïs grain dans leur catalogue. pour satisfaire à des conditions pédo-climatiques variées. Les entreprises comme DEKALB nourrissent leur expertise de milliers de données de terrain qu'elles accumulent auprès de leurs clients et des techniques analytiques modernes. Elles permettent d'interpréter les données afin ensuite de mieux accompagner tous leurs clients quelque soit leur localisation géographique par une prescription adaptée. DEKALB avec DK PREVI accompagne ainsi ses clients tout au long du cycle de production : sélection de la variété, moment idéal pour semer, l'irrigation et le moment optimum de la récolte. 

Les coopératives sont à la peine lorsqu'il s'agit de mettre en œuvre les techniques du BigData et, sauf à s'associer entre elles, elles ne disposeront probablement pas du volume et surtout de la variété de données suffisant pour assurer la même qualité de conseil que celle d'un grand producteur de semence  international. La proximité géographique, par une connaissance supérieure du terrain, était souvent perçue comme une source d'avantage concurrentiel. Mais le BigData déplace aujourd'hui les lignes. Les coopératives réalisent souvent des essais de terrain avant de proposer les semences des obtenteurs à leurs adhérents. Ces essais sont réalisés dans le périmètre de la coopérative, dans son terroir pédoclimatique. Mais ce concept a-t-il encore une valeur, si l'on considère les incertitudes imputables au changement climatique. Une zone large pour conduire les essais sera demain un plus. Un obtenteur comme DEKALB peut réaliser ses tests sur un espace étendu. Par exemple, son maïs fourrage DKC 3640 a été testé en Bretagne, dans le nord de la France, mais aussi en Allemagne. Il peut ainsi apprécier la réaction de son maïs lorsqu'il est soumis à des situations nombreuses et variées.

Voir la vidéo ci-dessous.


Je m'interroge sur l'intérêt, avec le changement climatique, à chercher à sélectionner la variété qui donnera en moyenne le meilleur résultat plutôt que la variété qui garantira un rendement agricole, quelles que soient les conditions météorologiques. La résilience (la fiabilité) d'une semence me semble un critère de choix de plus en plus important lorsqu'une exploitation est soumise aux incertitudes du climat.

Si les positions des coopératives sont challengées dans le domaine du conseil aux  agriculteurs par les semenciers, ce n'est pas pour autant qu'elles ne pourraient pas jouer un rôle dans la distribution physique des intrants. Mais là aussi leurs positions sont attaquées par des plateformes en ligne de distributeurs. Elles se retrouvent dans la même situation que celle des libraires, petits ou grands, il y a quelques années, lorsque Amazon a fait son apparition. Les seules librairies de l'ancienne économie qui se sont développées sont celles qui ont joué le jeu du commerce en ligne. Il existe bien ça et là des petites librairies de quartier, mais pour combien de temps encore ! Ces distributeurs modernes n'ont même plus besoin d'acheter les produits qu'ils distribuent. Ils servent de vitrine et de logisticiens aux fournisseurs moyennant une commission ou le paiement d'une prestation. On parle de Market place. Le risque de mévente n'est donc pas un problème pour ses sociétés puisqu'elles ne sont pas propriétaires des produits qu'elles commercialisent. Elles peuvent ainsi proposer une offre très large de produits.

Si l'on combine les deux points de mon propos, conseils optimisés et distribution en ligne, le challenge auquel les coopératives seront confrontées est immense. Mais, comment réagir ? Voici un des sujets stratégiques que nous traitons dans les programmes de formation que l'Essec met en œuvre avec l'institut de la Coopération agricole, Coop de France et Dirca pour les dirigeants (Aristée) ou les administrateurs de coopératives agricoles (Sénèque). La prochaine session d’Aristée débutera en Janvier 2017. 


Excellente période estivale.

jeudi 6 juillet 2017

Abonnez-vous gratuitement à "La lettre des États Généraux de l'Alimentation" de l'Agence Shan

Quelques jours avant l'ouverture officielle des États Généraux de l'Alimentation annoncés et pilotés par le gouvernement, l'agence de communication stratégique Shan lance "La Lettre des États Généraux de l’Alimentation", une note bimensuelle de suivi et de décryptage des débats et des prises de parole à destination des décideurs du secteur.

A compter du 05 juillet, puis un mercredi sur deux, les dirigeants d’entreprises agricoles, agroalimentaires et de la distribution clients de l’agence Shan et de ses partenaires recevront gratuitement la lettre des États Généraux de l’Alimentation.
Cette note sera également adressée aux leaders d’opinion, aux politiques et aux administrations, aux directions de la communication et des relations institutionnelles des entreprises agricoles et agroalimentaires, aux associations, et à tout acteur de référence impliqué dans ces débats qui en fera la demande*.
La lettre se présente sous un format court et visuel de 5 pages, en version électronique. Elle décrypte sans parti-pris les annonces, les propositions, les prises de parole des acteurs impliqués et l’écho médiatique des débats. Elle permettra également à différents acteurs et observateurs de s’exprimer dans ses colonnes.
« Les Etats Généraux de l’Alimentation suscite un intérêt important de la part des acteurs du secteur alimentaire français et du monde associatif. SHAN a décidé de mettre son expertise à leur service afin de leur apporter l’information essentielle et utile. » explique Amaury Bessard, Directeur du pôle Agriculture et Agroalimentaire de l’agence Shan.
* Abonnement gratuit (sous réserve d’acceptation par l’agence Shan) :http://bit.ly/2tFOzVb


2° Forum Régional Alimentaire de l'ARIA Ile de France

C'est avec plaisir que j'ai représenté hier l'ESSEC (mercredi 5 juillet 2017) au 2° forum Régional Agroalimentaire organisé par l'Association Régionale des Industries Agroalimentaires de l'ile de France. 


Avec Sandrine Cayeux de Kantar World Panel, Nicolas Marchard de Pourdebon, Eric Chemouny de Mirakl et Guillaume Caffin, ESSEC Alumni, et fondateur de Les Deux Gourmands, nous avons tenté d'éclairer les PME et TPE sur les challenges du Cross-Canal et les moyens de les surmonter.

Introduction de L'atelier Cross-Canal
(c) AlimAvenir
Au programme 4 ateliers (Aborder le défi du cross-canal, dépoussiérer ses pratiques pour gagner en performance, anticiper les tendances en agroalimentaire, piloter l'information) et une table ronde sur l'agroalimentaire de demain.

Une journée riche de débats, découvertes et rencontres. Merci A Catherine Le Dantec (Déléguée Générale) et à son équipe pour l'organisation de ce 2° Forum Régional Alimentaire, un événement qui attire chaque de plus en plus d'entreprises.





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